Prêtes-toi au Je/Jeu

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e) Chapitre IV/Partie I

 

Chapitre 4        

L'enfer de la rue

 

[Partie I]

 

 

Assise sur un trottoir, la tête dans les mains, j'entendais des pas se rapprocher. Je reconnaîtrai cette démarche légère, féline entre toutes : C'était Sam.

-         Hé Mara… qu'est ce qui va pas?

-         Je n'ai plus la force d'avancer, Sam. Mes jambes m'abandonnent, ma tête l'a fait depuis bien longtemps, mon cœur d'autant plus. Je suis malade, l'amour m'a consumé. J'ai un morceau de charbon à la place du cœur, Sam. Il m'a promis le ciel, mais je n'ai pas encore vu une seule étoile. Pas une étoile dans le ciel, pas une étoile dans ses yeux. Et je ne peux rien dire, Sam…J'aime un homme qui ne m'appartiens pas et n'appartiendra jamais à personne. J'aime l'homme qu'il ne faudrait pas aimer. J'aime un homme solitaire, un homme meurtri à qui l'on a arraché le cœur. Il a été puni d'avoir trop aimé. Maintenant, il n'aimera plus personne. Plus personne, tu m'entends ? Et je ne peux rien faire, rien dire…Adrien et moi ne sommes pas un couple Sam…

-         Mara, je sais que tout va mal mais de là à dire que…

-         Je suis avec Joey, Sam…Pas avec Adrien, non. Adrien et moi sommes…

-         Je comprends, n'en dis pas plus. Et Joey… Comment est-il ?

-         Et bien…C'est un homme qui se veut tellement différent qu'il devient comme tous les autres. Un homme qui s'autoproclame unique. Unique donc supérieur. Il aime m'enseigner tout ce qu'il connaît, me rappeler combien je suis sotte. C'est un homme manipulateur, menteur, égoïste, une façade. Le genre d'homme qui payerait un malfrat pour pouvoir lui-même jouer au héros. L'espoir d'une possible gloire le tient en vie. Il répète sans arrêt de stupides histoires dont il serait le héros, vantant ses mérites lorsqu'il sauve un chaton qu'il aurait lui-même fait fuir, ou encore lorsqu'il dit connaître du beau monde qu'il aurait en fait aperçut au coin d'une rue. Il met sa vie sous projecteur, et coupe la lumière lorsqu'il commet un faux pas. Il déteste l'échec, et n'avouera jamais avoir échoué. Il a voulu rayé les mots échec et normalité de son vocabulaire, mais n'y est pas arrivé. Encore un échec. C'est un homme sournois, qui joue étrangement bien le rôle qu'il s'est attribué. Celui de l'homme parfait, l'homme admirable, l'homme politiquement correct, divertissant, infaillible, un modèle de réussite. Ne lui enlevez pas son masque, par pitié. Vous y découvririez un homme lâche et craintif, un homme ambitieux, un homme banal. Et ne lui dites surtout pas qu'il est banal, il en pleurerait. Pleurer, c'est d'ailleurs une des seule chose qu'il sache bien faire. Déverser des torrents de larmes dans le seul but d'être plaint. C'est écrit en gros sur sa tête : « plaignez-moi ! ». Il transforme ainsi sa vie paisible en chemin semé d'embûches, où il aurait affronté milles et un monstres nommés, entre autre, papa et maman. Au final, on se surprend à apprécier une façade. Oui Sam, j'aime une PUTAIN de FACADE !

-         Je comprends Mara…

-         Non tu ne comprends pas, tu n'aime pas ! PERSONNE NE COMPREND ! Je ne veux plus aimer !

-         Tu n'en sais rien Mara. Tu n'es pas la seule à souffrir. J'ai été amoureuse tu sais, il y a bien longtemps. J'avais seize ans, il s'appelait Marc. Lui avait vingt-cinq ans. J'étais une enfant, seule, rejetée par un système scolaire qui ne voulait pas de moi. J'avais pour seules fréquentations des types avec qui je me défonçais et dont je ne connaissais même pas les noms, et pour seul ami mon chien, Stan, un berger allemand. Je l'aimais plus que je n'aimais mes parents. Ces salauds m'avaient envoyé croupir au fond d'une chambre d'un établissement spécialisé, lorsque mon psychiatre m'a diagnostiqué une personnalité borderline. J'avais à peine 14ans. C'était l'enfer, tu sais…Ils nous rasaient la tête, nous réveillaient au milieu de la nuit, nous faisaient prendre des douches froides, nous insultaient, nous faisant croire que nous étions l'œuvre du démon…Beaucoup de ces jeunes se suicidaient là-bas. Alors je me suis enfuie, et c'est ensuite que j'ai trouvé Stan, abandonné lui aussi…J'ai erré dans les rues des semaines durant, luttant contre la faim et le froid. Le peu de nourriture que je trouvais, je le partageais avec Stan. Et un jour, alors que je volais une pomme, un jeune vendeur m'a attrapé le poignet. J'ai essayé de m'enfuir, de crier, mais il ne lâchait pas prise. Il m'a sourit et m'a juré que je pouvais la garder si j'acceptais de prendre un café avec lui. J'étais sale, miséreuse : je ne voulais pas affronter le regard des gens. Il m'a alors amené chez lui. J'ai pris une douche pendant qu'il me dénichait des vêtements corrects. J'ai ri en regardant les vêtements qu'il m'apportait : ils étaient tellement affreux, et deux fois trop grands ! Il a rougit, puis est allé demander conseil à sa voisine, Martha. C'est une femme formidable, si tu savais… Elle m'a donné de beaux vêtements et me peignait les cheveux en me parlant de Marc. Lui, attendait chez lui. Une fois propre et soignée, elle me donna une énorme boite de gâteaux au miel, m'invitant à passer chez elle lorsque je le désirais. Je la remerciais, et rejoignis Marc, qui m'attendait devant la porte. Il avait installé Stan dans son appartement. Il préféra m'emmener au restaurant, ajoutant qu'il craignait de m'empoisonner en faisant lui-même la cuisine. Il me faisait tellement rire…Au cours de ce dîner, il m'a semblé lui avoir résumé toute mon existence. Il m'écoutait, riant de me voir parler la bouche pleine. J'avais tellement faim…Il arrêta ma main lorsque je glissais un morceau de ma viande pour Stan dans mon sac, me disant de ne pas m'inquiéter pour lui. Le dîner terminé, il m'emmena au cinéma. En sortant, il pleuvait des cordes. Il ouvrit alors un grand parapluie rose, qui me décrocha un sourire. Nous marchions, tous sourires, dans les flaques, un air de Marc Lavoine au bout des lèvres. « Elle tient debout depuis que tu l'a renversé…Ma vie, je commence à l'aimer…"

 

 

 

 

 

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Article ajouté le 2008-07-17 , consulté 71 fois

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